30/12/2007

PAYSAGE AU CHIEN ROUGE (Bruno Le Floc'h - 2007)

Ouest-France - 62 pages 
16/20   Le Gauguin de la BD ! 

    Ce one-shot de Bruno Le Floc'h nous fait découvrir le XIXe siècle à travers la peinture, les voyages et les destins mystérieux.

  Hélias Dall, le personnage principal de cet album, navigue à bord de sa goélette, le Saqqara.
C'est un voyageur dans l'âme, qui peut rappeler le célèbre Corto Maltese, et qui organise sa vie en fonction du commerce du café ou de l'encens dans les lieux hautement économiques de cette époque : l'Europe, l'Afrique, les Amériques.
Pour tout marin, les escales sont l'occasion de faire des rencontres et de s'engager dans des aventures plus ou moins rocambolesques et exotiques. Lors d'un arrêt à Malte (encore un clin d'œil à Corto ?), Dall se voit confier une mission par Orhan Bey, un turc collectionneur d'art. Ce dernier souhaiterait récupérer la célèbre peinture de Courbet, L'origine du monde, pour entretenir la mémoire de son ami Khalil Bey. Seulement, un trafic de tableau ne passera pas inaperçu entre la galerie parisienne où il est entreposé et le Moyen-Orient. Dall devra donc faire preuve de ruse pour mener à bien ce convoyage.
Le second personnage principal nous est alors présenté : Paul Gauguin, le célèbre peintre de Pont-Aven. C'est donc sur les terres finistériennes que se déroule une grande partie de l'histoire, entre Concarneau et la Cité des Peintres. Dall est un ami de Gauguin et celui-ci l'aidera à honorer son marché.

  Côté scénario, le récit reste assez linéaire et sans grands rebondissements. En revanche, il nous plonge dans une atmosphère de rêves et de voyages : le désert du Yémen, les petites ruelles du port de La Valette à Malte, la côte Atlantique et la Bretagne du sud. Il nous permet également de découvrir quelques tranches de vie de Gauguin : son amour pour la Polynésie où il rêvait de partir s'installer, ses coups de déprime, sa vie dans le village de Pont-Aven.
Le dessin, quant à lui, est admirable. Un pur chef d'œuvre. Le Floc'h, en quelques albums, atteint une maîtrise graphique que certains n'ont pas obtenue après des dizaines d'albums. Son trait est épuré, direct. Il va à l'essentiel. Il parle, il vit, il fait passer des émotions. Les couleurs sont chaudes, posées par aplats, volontairement contrastées.
Ce n'est pas anodin si Le Floc'h a introduit le personnage de Gauguin dans cet univers. Gauguin l'inspire dans la création artistique de ses bandes dessinées. D'ailleurs, le célèbre peintre ne disait-il pas : « Comment voyez-vous cet arbre ? Vert ? Mettez donc le plus beau vert de votre palette ; et cette ombre ? Plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. » Ou encore : « Ne copiez pas trop d'après nature. L'art est une abstraction. » Ou enfin : « Vous connaissez depuis longtemps ce que j'ai voulu établir : le droit de tout oser. » Et Le Floc'h, on le voit de plus en plus, ose avec exactement les mêmes exigences que Gauguin. Il suffit de regarder sa disposition des couleurs !

[Critique publiée le 30/12/07] 

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