13/12/2009

TRAMP | LA SALE GUERRE (tome 8) (Patrick Jusseaume / Jean-Charles Kraehn - 2007)

Dargaud - 54 pages 
18/20   Sensualité asiatique... 

    Retour dans les profondeurs de l'Indochine qui, à l'époque des colonies, était constituée du Vietnam, du Cambodge et du Laos.
Au cœur de cette guerre qui s'est achevée par la défaite de la France à Diên Biên Phù en 1954, ce tome nous présente un homme peu ordinaire : Pierre-Yves Calec. Le père de Yann, délégué administratif de Hóc-Môn, une petite cité coloniale située près de Saigon au sud du Vietnam, mène sa propre guérilla contre le Vietminh. En véritable seigneur de guerre, l'homme court-circuite les méthodes plus classiques de la Légion étrangère pour mettre en œuvre les mêmes que celles de l'ennemi, plus barbares et sournoises. Le journaliste de presse internationale Lucien Bodard (ayant réellement existé) raconte ainsi à Calec fils l'épopée de son père quelques années plus tôt.
Yann apprend notamment la liaison que celui-ci entretenait avec Hatu, sa « congaï », ancienne taxi-girl dans un cabaret chic nommé « L'Arc-en-Ciel ». C'est cette femme que le commandant va se mettre à rechercher activement. Séduit par une chinoise proche de Hatu, il va se retrouver embarqué dans une histoire tordue où sa bonne conscience sera bousculée. La jolie meneuse le conduira jusqu'à Hâp Song, un vieux chinois armateur et trafiquant qui aurait aidé son père à rejoindre le Tonkin.
Mais à qui faire confiance dans ce conflit d'intérêt autour du souvenir d'un homme qui semble encore bien présent dans la mémoire de certains ?

  Les deux auteurs nous livrent une suite palpitante dans ce cycle asiatique. Kraehn écrit un scénario dense et bien ficelé tandis que Jusseaume retranscrit à merveille la moiteur exotique de l'Indochine.
Les références historiques sont précises et le lecteur trouvera beaucoup de plaisir à s'instruire de façon aussi agréable.
Ce tome nous démontre également la complexité d'une guerre : il y a toute une série de codes, de sous-entendus, de comportements paradoxaux dans les différents camps. Un conflit ne se résume pas à deux couleurs, du noir ou du blanc, mais englobe également tout un dégradé de gris à travers ces personnages ambivalents qui peuvent se comporter de façon totalement inattendue. Yann Calec sera d'ailleurs parfois pris au piège et devra remettre en cause ses croyances et préjugés sur la dualité au sein d'une guerre...

  Et pour terminer, voici quelques mots issus du vietnamien et régulièrement utilisés dans cette histoire : « congaï » = concubine indigène d'un colon, « niah-koué » = paysan (terme péjoratif), « bo-doï » = soldat du Vietminh.

[Critique publiée le 13/12/09] 

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