26/10/2011

LE NID DU SERPENT (Pedro Juan Gutiérrez - 2006)

10/18 - 287 pages 
16/20   “On s'habitue à tout. Ou tu t'adaptes, ou tu crèves” 

    Le titre de la chronique, fruit d'une réflexion émise par le narrateur lors d'un service militaire particulièrement difficile, répond plutôt bien aux vicissitudes de la vie. Et la vie pour lui n'a pas été un long fleuve tranquille...
Sa jeunesse, racontée ici, se déroule dans le Cuba des années 60. Pedro galère dans les quartiers pauvres de Matanzas et rêve de trouver la clé qui le mènera à la richesse.
En cette période, ainsi que le laisse transparaître le récit, Cuba est en pleine débandade économique et sociale. Fidel Castro a renversé le dictateur Manuel Urrutia en 1959 et pris le pouvoir. Son gouvernement socialiste est en désaccord avec l'impérialisme américain et c'est vers l'Union Soviétique qu'il se tourne. Les États-Unis recueillent les exilés cubains et certains compatriotes de l'auteur quittent ainsi leur pays d'origine.

  Pour beaucoup de cubains, la vie s'improvise au jour le jour. L'auteur, lui, se réfugie dans le sexe et la violence : « A ce stade, j'avais définitivement le vice dans la peau. J'étais un séducteur accompli et maladif. Je consacrais l'entièreté de mon temps et de mon énergie à séduire et à baiser. Tout ce qui bougeait. Depuis la charogne la plus pourrie jusqu'à la poulette la plus exquise. Je ne faisais pas de distinction. Toutes les femmes m'attiraient, laides et jolies, plates ou avec des seins énormes, fessues ou non, blanches et noires avec toute la gamme intermédiaire, grandes ou basses du cul, romantiques et caressantes ou vulgaires et toxiques. Epouses fidèles et nymphos dépravées. C'était une obsession incontrôlable, mais je crois que je n'étais pas le seul : à mon avis, c'était ça, le vrai sport national. »
Il confie également son attrait pour la littérature et donne une vision intéressante du processus de création chez l'écrivain.

  Ce roman autobiographique est au final une succession d'aventures, souvent glauques et décadentes, où le sexe et la perversion donnent finalement son seul sens à cette vie qui paraît foutue d'avance.
L'écriture de Pedro Juan Gutiérrez est incisive, provocatrice, efficace, moderne et parfois très crue. Il livre une tranche de vie qui vient nous percuter avec violence et étale sans tabou ses états d'âme tourmentés.
Un dernier extrait qui témoigne de ce désir de s'instruire malgré une vision fataliste de la vie : « Parfois, j'enviais les autres, ceux qui ne lisaient pas. Ma vie devenait trop compliquée à force d'essayer de comprendre tous ces bouquins. Je nageais dans l'angoisse alors que les autres dérivaient tranquillement le long des jours. Moins on réfléchit, mieux on se porte. Sauf que chacun reçoit sa part de merde, de toute façon. Qu'on lise ou pas, qu'on pense ou non, qu'on soit un génie ou un analphabète. Ce qui te revient t'attend au tournant. »

[Critique publiée le 26/10/11] 

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