12/02/2012

MA VIE CHEZ LES MORTS (Serge Brussolo - 1996)

Omnibus - 120 pages 
17/20   Hymne à la tolérance 

    David, douze ans, est un adolescent américain qui vit avec sa mère Joyce. Celle-ci, la trentaine, souhaite une vie plus stable pour son fils. Elle a en effet connu une période « baba cool » avec deux hommes, Kurt et Carlson, sur les plages de Californie. La débauche sexuelle maternelle de cette période a ainsi laissé le jeune David ignorant quant à l'identité réelle de son père parmi les deux amants...
Joyce et David décident de s'installer dans une réserve de morts où un poste d'intendante est vacant. En effet, un processus fantastique, mis au point quelques années auparavant, permet de réanimer les morts. Sur demande de la famille et en fonction de leur état, les revenants ont donc peu à peu investi les cités. Une commission est par ailleurs chargée de valider régulièrement leur apparence physique afin qu'elle reste agréable pour les vivants.
Finalement, seul leur comportement permet de les identifier vraiment. Ainsi, le mort ressuscité ne ressent pas la douleur, la faim, la soif, le manque de sommeil, la jalousie, la méchanceté, ... Il a désormais l'éternité devant lui et erre souvent un peu naïvement dans les rues, sur les routes, en arborant un sourire continuel.
De moins en moins acceptés par le commun des mortels, les revenants vont finir par subir des discriminations jusqu'à être parqués et isolés dans des prisons dorés.
David, en proie à la solitude, va lier une certaine amitié avec ces personnages dénués de toute agressivité. Il découvrira leur mode de vie et leur offrira également quelques services. Mais le gouvernement a bel et bien décidé de poursuivre le programme visant à éradiquer en totalité cette étrange population.

  La référence aux grandes ségrégations de l'histoire est claire dans cette fable. En effet, comment ne pas penser à l'Apartheid ou à la Shoah lorsque les victimes sont poussées une à une dans des fosses ? Le revenant symbolise le persécuté. Totalement inoffensif, sa seule différence agace et dérange.

  Serge Brussolo est peut-être l'auteur contemporain français le plus imaginatif. Écrivain prolifique depuis plusieurs décennies, il maîtrise parfaitement l'art de la fiction et sait exploiter des idées totalement déjantées et folles.
Boudé par certains critiques, éditeurs ou puristes, son nom figure rarement sur les listes des nominés aux prix littéraires. Il en a pourtant déjà eu (prix RTL-Lire en 1995, prix Paul Féval en 2004 décerné par la Société des Gens de Lettres) et tout un public loue son génie. Alors, Brussolo on le déteste ou on le vénère. Pour moi, c'est le deuxième verbe qui sied le mieux. Brussolo est un très grand auteur dont l'œuvre se situe bien loin des récits plats et narcissiques qui encombrent les étals des libraires à chaque rentrée littéraire.
Enfin, louons le professionnalisme des Editions Omnibus qui ont publié deux recueils consacrés à l'auteur. Cet éditeur propose de beaux objets agréablement manufacturés et fait depuis de nombreuses années un superbe travail d'anthologie littéraire. Merci à eux !

[Critique publiée le 12/02/12] 

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