13/10/2012

LE JOURNAL DE MON PÈRE (Jirô Taniguchi - 1995)

France Loisirs - 274 pages 
19/20   Une psychanalyse émouvante 

    Ce récit émouvant et somptueux débute par l'arrivée de Yoichi dans sa ville natale, Tottori, pour assister à la veillée funèbre organisée pour célébrer dignement la mort de son père, Takeshi. C'est l'occasion pour Yoichi, narrateur de cette histoire, d'évoquer son enfance auprès d'un père qu'il a fui jeune, au moment de partir faire ses études à Tokyo.

  L'événement marquant qui aura façonné les relations au sein du noyau familial et brisé sans doute indirectement le lien qui unissait son père Takeshi à sa mère Kiyoko est décrit avec détail. Il s'agit du terrible incendie qui dévasta Tottori en 1952.
Des constructions en bois vulnérables et un fort vent combinés à beaucoup de malchance seront les principales raisons du cataclysme qui détruisit cinq mille deux cent quatre-vingt-huit maisons exactement, soit les deux tiers de la petite ville de province.
Le père de Yoichi, coiffeur apprécié, perd tout : maison et travail. L'oncle Daisuke, beau-frère de Takeshi, sera très présent auprès du petit garçon, de sa grande sœur Haruko et de leur mère. Aidé financièrement par son beau-père afin de relancer son activité et offrir un nouveau logement à sa famille, Takeshi s'enferme dans le travail afin de rembourser au plus vite sa dette au point de négliger sa famille...
Celle-ci va alors voler en éclats et les repères de Yoichi seront irrémédiablement détruits. En pleine détresse, élevé par son père resté dans le nid familial, il n'aura plus qu'un seul objectif : retrouver sa mère partie vivre dans une autre ville avec l'instituteur de sa sœur ainée, Mr Matsumoto.
Yoichi va rapidement perdre ses illusions et devra reconnaître que le monde des adultes n'est pas aussi simple que celui des enfants...
Le sport lui permettra de canaliser son énergie et son intérêt pour la photographie lui fournira d'autres objectifs à atteindre. La présence d'un animal de compagnie lui sera aussi grandement bénéfique.
Des premiers souvenirs, vers l'âge de trois ans, à l'arrivée dans le milieu professionnel, Yoichi, à l'occasion de longs et nombreux flashbacks, va opérer une sorte de psychanalyse durant cette veillée funèbre et découvrir peu à peu le vrai visage de son père, un homme bien plus aimant qu'il ne le laissait paraître.

  Taniguchi est le maître incontestable du manga européen. Moins connu au pays du Soleil Levant, ce mangaka est adulé en France ; les critiques professionnels comme les lecteurs louent son talent.
Dessinateur pointilleux et scénariste hors pair, Taniguchi nous livre avec ce pavé de près de trois cents pages une fine analyse psychologique de la relation entre un fils et son père. Le récit s'appuie sur des éléments autobiographiques et met en avant la ville provinciale de Tottori, lieu de naissance de l'auteur.
Il faut lire ce roman graphique et déguster chaque page, chaque case où même les décors au second plan sont d'une finesse renversante.
Enfin, en dehors de toute mode, Taniguchi ne recherche pas l'action, le rebondissement scénaristique à chaque fin de page, il cultive au contraire l'art de la lenteur, prône la douceur de vivre. Des valeurs qui nous manquent considérablement aujourd'hui...

[Critique publiée le 13/10/12] 

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