06/03/2014

BLACKSAD | L'ENFER, LE SILENCE (tome 4) (Juanjo Guarnido / Juan Díaz Canales - 2010)

Dargaud - 56 pages 
18/20   Polar dans l'univers du jazz 

    Voici un quatrième tome qui nous entraîne à la Nouvelle-Orléans dans les années 50, terre mythique des clubs de jazz et de blues où ont sévi les plus grands musiciens comme Duke Ellington, Louis Armstrong ou Sidney Bechet.
Blacksad, grâce à son fidèle compagnon Weekly, est chargé de retrouver le pianiste Sebastian Fletcher pour le compte de son producteur. Faust Lachapelle, ce dernier, est atteint d'un cancer et s'inquiète de la disparition de son musicien fétiche, véritable star de son label, qui connaît une grave addiction à l'héroïne.
Enquêtant dans les bas-fonds de la plus grande ville de l'État de Louisiane, le célèbre chat noir partage son énergie entre interrogatoires musclés parmi les vapeurs d'alcool et de fumée et courses-poursuites dans la foule bigarrée du carnaval.
Le chemin sera évidemment parsemé de nombreuses embûches : assassinat du musicien Junior Harper, accrochage violent avec le vociférant détective Ted Leeman, influence ténébreuse de la prêtresse vaudoue Mme Gibraltar, manipulations en tout genre, ...
Blacksad, guidé par sa légendaire intuition féline, devra démêler une affaire coriace qui puise ses racines dans le triste passé des principaux protagonistes.

  Les albums de cette série sortent à un rythme très lent. Et celui-ci a battu les records avec cinq années d'attente !
Mais dans un paysage du 9ème art où la productivité est intense et souvent médiocre (couleurs numériques fades et artificielles, dessins de piètre qualité, scénarios improbables), cela n'est en aucun cas un handicap. Car chaque nouvelle histoire des espagnols Guarnido et Canalez a su témoigner jusqu'à présent d'un synopsis réfléchi, d'une ambiance générale judicieusement choisie, de dessins soigneusement léchées en couleur direct et d'un bestiaire sans cesse renouvelé.
Et L'Enfer, le silence ne déroge pas à la règle. L'univers du jazz est l'écrin parfait pour un polar dans l'Amérique d'après-guerre et l'histoire, très sombre malgré quelques rares pointes d'humour, s'en accommode parfaitement.
Quant au dessin de Guarnido, sa virtuosité est déjà plébiscitée par un très large public depuis des années. Les différentes tonalités de l'album qui oscillent entre celle de la lumière glauque d'un pub et celle d'un ciel de printemps bucolique laissent présager du plaisir que prend l'artiste à jouer avec l'eau et ses pinceaux.

  Comment alors ouvrir une bande dessinée colorisée avec un logiciel informatique après avoir parcouru des chefs-d'œuvre comme BlacksadMuchachoMattéoKililana Song - pour ne citer qu'eux - où l'aquarelle éclate dans toute sa force faite de lumière et de transparence ?

[Critique publiée le 06/03/14] 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire