13/01/2015

LA TRILOGIE DE BÉTON (James Graham Ballard - 1973 / 1975)

L A   T R I L O G I E   D E   B É T O N   James Graham Ballard - 1973 / 1975 

Denoël - 558 pages 
10/20   Trois romans d'anticipation sociale 

    Ce recueil est constitué de trois romans écrits par l'anglais James Graham Ballard dans les années 70.
La thématique générale abordée dans La trilogie de béton est la déshumanisation de la société par notre civilisation urbaine et sans âme qui ne cesse de broyer l'individu par cette propension à tout bétonner et rationaliser.

  Crash !, écrit en 1973, est le premier récit. Il décrit les relations très ambigües entre le narrateur, dénommé Ballard, et Vaughan qui est une sorte de pervers fasciné par les relations entre les accidents de voiture, les blessures qu'ils peuvent occasionner et le sexe. Entouré de quelques autres personnages, Ballard et Vaughan sacralisent les collisions entre véhicules en leur donnant une dimension sexuelle très forte.
Considéré comme culte par toute une génération, Crash ! a été adapté au cinéma par David Cronenberg en 1996. Je n'ai pour ma part absolument pas accroché à ce délire littéraire laborieux qui décrit à chaque page des tôles froisseés et des coïts. Ce ne sont pas les déviances sexuelles relatées qui m'ont dérangé mais cette trame romanesque longue, ennuyeuse, déroutante et sans finalité. Ce mariage incessant entre les séquelles provoquées par les accidents de la route et les comportements sexuels imaginés par Vaughan et le narrateur laisse interrogateur et dubitatif sur le message transmis au lecteur.
Pour cette première plongée dans l'œuvre réputée de Ballard, l'ennui m'a littéralement envahi...

  Le second opus, quant à lui, est davantage captivant. Il relate l'histoire extraordinaire de Maitland, jeune cadre dynamique, qui est victime d'un accident sur une autoroute de la banlieue de Londres.
Sa voiture plonge dans une sorte de no man's land à la croisée de plusieurs voies rapides surélevées et de leurs échangeurs. Au sein de cette complexe infrastructure routière se niche une zone oubliée de tout le monde en forme de triangle.
Maitland, blessé, arpente cette île entourée de bitume et de voitures filant à toute allure du matin au soir. Sous ses airs de décharge à ciel ouvert, cet espace soi-disant abandonné va lui réserver quelques surprises...
Derrière une histoire originale, mais à la facture classique et un peu datée au niveau du style, se cache en réalité un message toujours d'actualité. Ainsi, Ballard dénonce cette modernité qui, sous prétexte de mieux les faire communiquer, isole encore davantage les êtres humains. Le lecteur peut facilement extrapoler le discours de L'île de béton et remplacer les réseaux routiers par les réseaux sociaux nés dans les années 2000 : aujourd'hui, l'homme moderne peut avoir des centaines d'amis du jour au lendemain mais, paradoxalement, la solitude et la souffrance engendrée touchent de plus en plus de personnes aussi bien jeunes qu'âgées...
Maitland aussi est au cœur du modernisme ; pourtant, plus personne ne fait attention à lui.

  La trilogie se termine avec I.G.H (pour Immeuble de Grande Hauteur) qui décrit les relations humaines au sein d'une tour de quarante étages abritant deux mille personnes. Ballard observe à nouveau un microcosme fermé et montre comment un incident anodin peut conduire à une guérilla urbaine. Un grain de sable suffit pour enrayer la mécanique d'un modernisme arrogant et faire s'effondrer tout un modèle sociétal.
À noter que le thème de I.G.H est également abordé, sous un autre angle, dans l'excellent roman de Robert Silverberg intitulé Les monades urbaines.

  Je reste globalement déçu par cette première incursion dans l'œuvre de Ballard. Le style a mal vieilli, la perversité est tellement omniprésente que le lecteur finit par être mal à l'aise ou simplement lassé. Le propos de fond reste cependant intéressant et toujours d'actualité. Voilà sans doute pourquoi l'homme suscite toujours autant d'intérêt aujourd'hui...
Enfin, je ne félicite pas les éditions Denoël qui ont pondu, pour un prix exorbitant, un recueil de mauvaise qualité : des fautes non corrigées dans L'île de béton, un papier jaunâtre du plus mauvais goût et enfin une conception graphique hideuse en première de couverture !

[Critique publiée le 13/01/15] 

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