27/10/2015

PLUS RIEN QUE LES VAGUES ET LE VENT (Christine Montalbetti - 2014)

P.O.L - 285 pages 
12/20   Désenchantement américain au bord du Pacifique 

    Le début de cette histoire américaine relate l'arrivée d'un personnage dans une bourgade côtière après un long périple sur les routes de Californie.
Le lecteur ne saura pas d'où il vient ni qui il est vraiment mis à part qu'il est français.
Échoué à Cannon Beach, petite ville de l'Oregon située en bordure du Pacifique, le narrateur loue une chambre dans un motel et prend ses quartiers dans le bar de Moses, lieu de rassemblement des quelques locaux en cette morte saison. Il y fait la connaissance de trois personnages : Colter, Shannon et Harry Dean. Marqués par la vie, ceux-ci tentent de refaire le monde et ressassent leurs histoires du passé au goût amer.

  À travers le prisme de son personnage principal, Christine Montalbetti entrelace ainsi plusieurs parcours de vie et aborde même, à travers une histoire d'amour déchue, la traversée de l'Amérique d'est en ouest entreprise par les explorateurs Lewis et Clark en 1804...
Non loin rôde un autre personnage au charisme inquiétant. Mc Cain, d'origine irlandaise, symbolise à lui seul la cruauté des États-Unis. Entouré de quelques malfrats, il règne sur ce petit monde provincial à la manière d'un chef de bande.
De façon insidieuse, des signes que le français ne perçoit pas véritablement vont s'accumuler au fil des pages et faire monter la tension jusqu'à l'événement final. Une allusion de Colter aux « grenouilles » pour désigner les français ou un reproche de Shannon à l'encontre des mêmes français pour ne pas avoir levé le petit doigt lorsque son frère est mort en Irak illustrent ces messages à demi-mot que le narrateur ne saura pas interpréter.

  L'auteur tisse un roman âpre et brosse le portrait d'une Amérique loin de l'American way of life. Elle s'inscrit dans la veine du roman social qui montre que cette nation de héros comporte sa face sombre, sa misère, ses individus broyés par le système libéral, ses victimes des crises financières et sociales, son racisme ethnique sous-jacent dont notre français fera les frais.
Cette tragédie est d'autant plus forte qu'elle prend place dans un décor où la nature sauvage est omniprésente, où l'océan impose sa force et les volcans leurs éruptions chaotiques.

  Le style littéraire de Montalbetti est original. Les phrases sont souvent très longues car remplies de digressions. Néanmoins, cela est extrêmement plaisant à lire et n'amène en aucun cas une lourdeur stylistique.
Globalement, même si la forme de ce livre m'a donc séduit et que le début est très prometteur, j'ai trouvé le propos un peu déconcertant et poussif. Le message délivré par l'auteur n'est pas clairement établi, l'histoire se traîne et manque d'unité, la chute finale laisse sur sa faim. Quant au narrateur, on regrette aussi de ne pas en connaître davantage à son sujet.

  Ce titre a obtenu le prix Henri Queffélec 2015 remis par six jurés, dont Makibook, sous la présidence d'Alain Jaubert au festival Livre & Mer de Concarneau.

[Critique publiée le 27/10/15] 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire