27/10/2015

UNE FEMME SIMPLE (Cédric Morgan - 2014)

Grasset - 169 pages 
12/20   Hommage à une bretonne du XIXe siècle 

    Jeanne est une géante, de carrure imposante, pleine de force à revendre. Dans la Bretagne du XIXe siècle, elle occupe la fonction de batelière-passagère dans les méandres du golfe du Morbihan.
Sur une petite embarcation à voile et équipée d'avirons, elle transporte ainsi personnes, marchandises et animaux entre le port de Logeo et Vannes. Quels que soient le temps et la mer, elle assume la mission qu'elle s'est donnée et n'hésite jamais à mettre sa vie en péril pour sauver naufragés et cargaisons tombées à l'eau.

  Jeanne se marie avec Louis, un pêcheur d'Islande. Leur premier enfant meurt au bout de quelques mois. Elle surmonte cette horrible épreuve et met au monde deux autres filles. Plus tard, elle perd malheureusement son mari, emporté par les affres d'un terrible métier dans des eaux froides et éloignées du nid breton.
Son incompréhension est totale : « Elle sentait la colère monter en elle, l'envahir. Elle en voulait au bon Dieu, soi-disant bon, soi-disant tout-puissant, qui déjà lui prenait sa fille et qui, en supplément, au lieu d'exaucer les prières de l'enfant, lui arrachait un père, tuait l'époux. »

  L'écrivain Cédric Morgan nous plonge dans une Bretagne enracinée dans ses traditions, dans ses croyances religieuses, dans l'âpre vie quotidienne de la première moitié du XIXe siècle. Comme dans l'œuvre de Thomas Hardy, la fatalité s'abat impitoyablement sur les vies et broie les destins de façon brutale.

  Quant au contexte de création du roman, l'auteur a imaginé la vie de cette femme à partir de très rares indications.
Ainsi, Jeanne a réellement existé ; dans une impasse du port du Logeo se trouve une plaque portant l'inscription « Jeanne Le Mithouard (1778 - 1842) ».
Le livre témoigne d'une belle démarche qui vise à mettre en lumière la vie d'une femme oubliée de tous.
Cédric Morgan imagine même une personne aux idées subversives qui n'hésitait pas à rejeter le lourd carcan de la religion de mise en Bretagne à cette époque : « Aux yeux de la religion la vertu d'une jeune fille, voire d'une femme, consistait dans l'absence de désir. Cette idée lui avait paru très tôt contre nature. »

[Critique publiée le 27/10/15] 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire