19/11/2016

PLUS HAUT QUE MES RÊVES (Nicolas Hulot - 2013)

Calmann Lévy - 326 pages 
18/20   Un homme engagé sur le défi majeur qui se pose aujourd'hui 

    Ce livre a été écrit par Nicolas Hulot après son incursion dans la politique. L'écologiste s'est en effet présenté aux primaires du parti Europe Ecologie Les Verts (EELV) en vue de l'élection présidentielle française de 2012.
Voulant faire part de son expérience particulière dans ce monde à part et souhaitant à nouveau marteler ses convictions, il nous livre un texte passionnant découpé en trois grandes parties. La première concerne la politique, la seconde l'extraordinaire aventure télévisuelle des émissions Ushuaïa et enfin la troisième relate son combat au sein de sa Fondation pour la Nature et l'Homme.

  Dès la course à la présidentielle de 2007, Hulot menace déjà de se présenter face à l'immobilité des candidats et des partis au sujet de l'écologie. En effet, l'avenir de la planète n'est quasiment pas abordé alors qu'il s'agit pourtant d'un sujet absolument essentiel et majeur. Afin de sensibiliser les postulants à la question, il leur fait signer le Pacte écologique. Seul le Front Nationaln'appose pas sa signature pour la simple et bonne raison que Nicolas Hulot ne souhaite pas discuter avec ce parti d'extrême-droite.
Devant la popularité de l'animateur d'Ushuaïa auprès du public et donc des électeurs, chaque candidat essaye de s'afficher avec lui autant que possible. Ainsi, Nicolas Sarkozy souhaite rencontrer l'instigateur du Pacte écologique chez lui à Saint-Lunaire. Ce dernier refuse, brandissant son indépendance totale, ce qui conduit le futur président à modifier à la dernière minute son programme pour finalement visiter le CROSS Corsen de Plouarzel dans le Nord-Finistère. C'est à cette occasion qu'il dira la fameuse phrase : « Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte ! »
En 2007, à titre personnel l'écologiste vote pour Jean-Luc Mélenchon qui est le seul candidat à proposer une transition écologique majeure dans son programme.

  Cinq années plus tard, en 2012, Nicolas Hulot décide de se lancer dans l'aventure de la présidentielle. Il commence par participer aux primaires du parti EELV.
Le livre revient longuement sur cette incursion dans le monde de la politique. Eva Joly remporte finalement les primaires après d'âpres combats au sein du parti.
L'animateur, quant à lui, quitte l'univers de la politique après cette déconvenue et surtout la découverte des coups bas et petites guerres intestines au sein d'une même famille politique. Alors que ce parti défend une cause plus que noble touchant à l'avenir de l'espèce humaine sur la planète, les caciques et adhérents du parti ne sont pas capables d'avoir une vision commune sur le futur même de leur formation... Comme bien souvent en politique, chacun pense à son statut, sa nomination ici ou là, ses indemnités. Bref, même des élèves de maternelle ne sont pas aussi calculateurs.
Dégoûté par son essai infructueux, Nicolas Hulot reprend alors avec plaisir le goût de l'indépendance et de la liberté la plus totale.

  Quelques anecdotes politiques croustillantes viennent émailler la lecture de ces chroniques.
Le créateur d'Ushuaïa se sent plus à l'aise avec les requins blancs de l'Afrique du Sud qu'avec ceux qui louvoient dans les cénacles des assemblées ou les palais ministériels. Nicolas Sarkozy, par exemple, l'a à plusieurs reprises reçu à l'Elysée après son élection en 2007. Chaque entrevue démarrait par une longue autosatisfaction du chef d'État où il tentait de démontrer à quel point il était devenu indispensable pour résoudre les problèmes du monde. Il poursuivait par une critique de différentes personnalités avant de finalement écouter son interlocuteur.
Jacques Chirac, que Hulot a également souvent côtoyé, ne critiquait pas ses amis ou ennemis politiques et restait ainsi bien plus courtois et apaisé. Quant à François Mitterrand, il a toujours snobé l'écologiste...
En politique, Hulot apprécie entre autres Michel Rocard - interlocuteur majeur dans la mise en place du protocole qui a permis de sanctuariser l'Antarctique en 1991 - ou Michel Barnier. Kouchner, enfin, n'a jamais compris réellement le lien indicible qui fait que les guerres ont souvent pour origine première des changements climatiques (c'est le cas du Darfour par exemple).

  Le célèbre journaliste revient dans la seconde partie du livre sur son histoire personnelle et les drames qui ont frappé sa famille.
Aucun secret n'est ici révélé puisque ces événements ont déjà été amplement abordés dans ses précédents ouvrages : la découverte, un soir de Noël, de son frère qui s'est suicidé dans la cave, les problèmes d'alcool du père et le courage de la mère qui a toujours fait face malgré la difficulté.
Il relate ensuite son ascension dans l'univers du journalisme après quelques mois en médecine, un choix qui s'avéra bien trop sage pour lui qui voulait rompre avec le conformisme de la famille. Sans connaissance technique ni géopolitique, il se lance ainsi dans l'aventure du reportage avec un petit appareil photo. La guerre en Rhodésie et un tremblement de terre au Guatemala sont ses premiers grands sujets pour la prestigieuse agence Sipa.
Il se consacre ensuite aux défis sportifs en se mettant lui-même en scène dans une émission en direct sur France Inter durant dix ans.

  Une part de chance, quelques bonnes rencontres et une prise de risque suffisante lui ont permis de construire une carrière exceptionnelle. Il fait en effet aujourd'hui partie des très rares personnes à avoir vu autant de merveilles sur notre planète...
Sa volonté de faire partager tous ces trésors est née de sa prise de conscience de la fragilité de la Terre. Pour Nicolas Hulot, montrer la beauté du monde est un moyen de sensibiliser le plus grand nombre à sa préservation.

  Ses émissions les plus célèbres restent Ushuaïa et Ushuaïa Nature . Le lecteur plonge avec plaisir dans les coulisses de ces productions incroyables qui restent aujourd'hui des références en matière télévisuelle. Ainsi, derrière la caméra, il y a d'autres aventures que le téléspectateur ne voit pas toujours à l'écran.
En amont des images finales présentées, certains animaux sont par exemple difficiles à rencontrer. C'est le cas des narvals qui sont extrêmement bien cachés dans les mers froides de l'Arctique, ce qui contribue au mystère entourant ces animaux munis d'une impressionnante dent pouvant atteindre trois mètres... Croiser une loutre géante n'est pas une mince affaire non plus et la chance a souvent souri à Nicolas Hulot pour fixer sur pellicule de si grands moments.
Mais l'une de ses plus grandes émotions demeure sa rencontre nez à nez avec une baleine à bosse, raison pour laquelle il arbore depuis une nageoire dorsale en guise de pendentif.
Quant au grand requin blanc d'Afrique du Sud, le lecteur ne peut que rester pantois devant les détails de ses nombreuses plongées avec un tel mastodonte. Ses premières rencontres se firent à l'abri dans une cage de protection. Plus tard, avec son ami biologiste et photographe Laurent Ballesta, Nicolas Hulot plongera sans cage lors de la migration des sardines au large de l'Afrique où un immense festin réunit une multitude d'animaux : les fous de bassan qui plongent comme des torpilles, les baleines, les requins blancs, les requins-bouledogues et autres espèces qui sont pris d'une frénésie indescriptible devant ce garde-manger inespéré.
Sous l'eau, relate l'aventurier, il faut toujours se positionner face au requin, le regarder dans les yeux et rester très calme dans les mouvements. La remontée est le moment le plus délicat car les battements de jambes sont un signal stimulant pour le requin. Voilà pourquoi les attaques concernent toujours les nageurs ou surfeurs et non les plongeurs.
Bon à savoir : le requin blanc, lorsqu'il charge, sort sa seconde rangée de dents internes et ses yeux se révulsent !

  Au fil des pages, Hulot nous parle aussi de ses compagnons d'aventure : Philippe de Dieuleveult par exemple (je me rappelle l'avoir vu petit atterrir au Guilvinec avec son hélicoptère dans le cadre de son émission culte La Chasse aux trésors), avec qui il devait normalement descendre le fleuve Zaïre en pirogue ce fameux 6 août 1985, date à laquelle lui et ses co-équipiers ont disparu.
Gérard Feldzer est aussi de la partie. Les deux hommes ont très souvent testé toutes sortes d'engins volants ensemble. Sur un vol commercial piloté par Gérard sur lequel se trouvait par hasard Nicolas, ils ont même été les victimes directes d'une violente prise d'otage par un homme qui avait pris d'assaut le cockpit !
De nombreuses fois, l'animateur a vraiment failli perdre la vie. En Russie ou en Afrique, lui et son équipe ont souvent volé à bord de coucous très douteux. Bien que l'équipe d'Ushuaïane lésinait pas sur la sécurité, elle devait parfois faire confiance à la logistique mise en place par les autorités locales pour les besoins des tournages...
Privilège suprême, Nicolas Hulot a aussi eu la chance de rencontrer son héros : Nelson Mandela, chantre de la lutte contre l'Apartheid. Il a croisé Madiba à deux reprises grâce à Jacques Chirac et a d'ailleurs prénommé son fils Nelson en hommage.

  La dernière partie du livre relate le combat qu'a mené Nicolas Hulot en tant qu'ambassadeur pour l'environnement auprès du Président Hollande entre 2012 et 2016.
Depuis son cocon familial, constitué de femme et enfants et situé à Saint-Lunaire en Ille-et-Vilaine, l'écologiste a parcouru non plus forêts et océans mais bureaux, hôtels, salles de conférences pour alerter et chercher les modèles qui marchent (comme celui du Costa Rica par exemple).
Il milite également activement à travers sa fondation et ne cesse de dénoncer avec fermeté l'ultra-libéralisme des sociétés modernes et la nécessité immédiate de changer nos modèles occidentaux en profondeur.
À ceux qui pensent qu'il se fatigue peut-être pour rien, il ne peut se résigner à sombrer dans le fatalisme et rester les bras croisés en se demandant de quelle planète disposeront nos enfants. En accord avec la philosophie de Pierre Rabhi, il joue son rôle de colibri !
La tournure générale que prennent les choses depuis plusieurs années pousse au pessimisme. Au sujet du climat par exemple, il est devenu inconcevable de penser que des individus se rangent encore dans le camp des climato-sceptiques ! La crise migratoire européenne de 2015 trouve en partie ses racines dans le réchauffement climatique qui a poussé des populations paysannes à rejoindre les villes syriennes. Cette première grande vague de réfugiés donne malheureusement un avant-goût des événements à venir.

  Chaque geste compte et des millions de changements de comportement peuvent avoir un impact considérable. Il ne faut donc pas se résigner et faire au moins sa part... 

[Critique publiée le 19/11/16] 

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