03/09/2017

LE SURSIS (tome 1) (Jean-Pierre Gibrat - 1997)

Dupuis - 56 pages 
20/20   La guerre vécue à travers des persiennes 

    Nous sommes en juin 1943, durant l'occupation allemande, au cœur du petit village de Cambeyrac situé dans l'Aveyron. Un jeune homme d'une vingtaine d'années, Julien Sarlat, y revient en cachette après avoir sauté du train qui le menait en Allemagne effectuer son service de travail obligatoire. Sa tante Angèle le recueille mais, très vite, Julien doit trouver une cachette sûre pour cause de désertion. Il se réfugie dans le grenier de l'école publique dont le maître, Mr Thomassin, a été arrêté en raison de ses idées communistes.
Par chance, Julien est déclaré mort après que ses papiers aient été retrouvés sur le cadavre d'un homme qui les avait volés. L'enterrement est célébré dans l'église de Cambeyrac sous l'œil amusé de l'intéressé. Julien peut, en effet, embrasser du regard la place principale du petit village depuis les persiennes qui le cachent des curieux.
La nuit, il sort se dégourdir les jambes et dîner bien souvent chez sa tante. Le jour, il n'a d'yeux que pour Cécile, la jolie demoiselle qui sert à la terrasse du café « Les Tilleuls » où se regroupent les anciens du coin.
Bien planqué, Julien attend la fin de la guerre en écoutant les nouvelles du front russe à la radio, en rêvant de Cécile et en se réchauffant comme il peut face à l'hiver qui arrive...

  Avec Le sursis, la carrière et le talent de Jean-Pierre Gibrat explosent littéralement. En 1997, date de sortie de ce premier tome, la presse et les lecteurs saluent unanimement cette histoire racontée, dessinée et peinte par un seul homme. Le naturel des personnages, les trognes de la France provinciale, la douceur des paysages, la beauté de Cécile et la subtilité du scénario concourent à une telle réussite.
Du côté des couleurs, Gibrat maîtrise avec brio le caractère de transparence de l'aquarelle. Ses cases sont lumineuses et revigorantes. Il n'y a pas de secret : l'authenticité du propos d'un artiste est toujours le reflet de son engagement dans un profond travail artisanal. Gibrat répond à la règle et le résultat est renversant.

  Quant à l'histoire, elle ne suit pas le parti pris d'un héros mais choisit celui d'un personnage ordinaire qui reste caché en attendant de meilleurs auspices. Sur la place du village, cependant, tous les caractères s'affrontent : il y a ceux qui collaborent et s'investissent dans la milice, ceux qui restent placides et craignent d'afficher ouvertement leur position et, enfin, les résistants qui sont prêts à tout pour retrouver la liberté de leur pays.
À travers son récit, l'auteur interroge le lecteur sur la position qu'il aurait choisie durant la seconde guerre mondiale. Héros ou pas, il est difficile de se projeter dans une telle situation lorsqu'elle n'est pas vécue réellement...

  Le sursis est désormais un classique de la bande dessinée et une valeur sûre de la mythique collection Aire Libre proposée par l'éditeur Dupuis depuis 1988.

[Critique publiée le 03/09/17] 

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