03/09/2017

LES DAMES BLANCHES (Pierre Bordage - 2015)

L'Atalante - 377 pages 
18/20   Un récit captivant, vertigineux et engagé 

    Cela pourrait se produire aujourd'hui, demain, dans dix ans... Une bulle géante qui apparaît dans un champ. Un enfant de trois ans et demi qui, de sa maison, la voit et décide de s'y rendre. Sa maman qui le cherche en vain et qui, malgré l'absence de trace, est bien obligée d'admettre l'impossible : le petit garçon a littéralement disparu.

  Voilà comment débute ce roman prenant de Pierre Bordage. Par un fait que l'on aurait pu qualifier de « divers » si ce n'est la présence incongrue de cette bulle digne du rôdeur de la mythique série Le prisonnier.
Doucement, en France et ailleurs dans le monde, de semblables phénomènes se répètent. À chaque fois, une sphère immobile apparaît comme par magie et les jeunes enfants des alentours disparaissent malgré toutes les précautions de leurs parents. Ils sont comme happés par ces objets diaboliques.
Les gouvernements tentent tout d'abord d'y répondre par la force : des explosifs de plus en plus puissants sont utilisés pour tenter de détruire ces « dames blanches ». En vain... Même les charges nucléaires sont inoffensives.
Finalement, des enfants ceinturés de charges explosives sont sacrifiés pour le bien de l'humanité. Les quelques effets positifs constatés sur l'apparence des bulles conduisent les décideurs politiques à promulguer la loi d'Isaac : celle-ci oblige chaque famille à condamner un enfant au bénéfice de la guerre mondiale que l'humanité a déclenché contre les envahisseurs.

  Pierre Bordage, écrivain ô combien simple et sympathique, nous conte cette folle histoire sur une quarantaine d'années. Ses personnages s'étalent sur plusieurs générations, de celle ayant vu les toutes premières apparitions du phénomène à celle partageant la planète avec des millions d'hôtes autour desquels le mystère reste entier.

  La science-fiction, comme le défend Bordage, permet d'aborder le réel mieux que tout autre récit dit de littérature blanche.
Ici, de nombreuses thématiques actuelles sont présentes. Avant tout, la peur de la différence, de l'autre est au cœur du sujet. La dame blanche symbolise l'étranger qui s'implante dans notre quotidien et avec qui l'on ne cherche pas vraiment à communiquer. Ce renoncement de l'échange conduit au rejet, à la simplification, aux raccourcis et à la malveillance.
L'auteur vendéen, à travers la loi Isaac, créé un monde dictatorial, une société cauchemardesque où des milices opèrent afin de faire respecter les décisions politiques. Le peuple entre, en grande majorité, dans la désobéissance civile. Cela mène à des combats aux quatre coins de la planète contre la réquisition toujours croissante des jeunes enfants. Le parallèle avec la résistance contre le nazisme dans les années 40 est évidemment saisissant.
Les dames blanches traite aussi du deuil. La plupart des personnages sont confrontés à la perte de leur enfant, drame sans doute le plus terrible qui puisse survenir à des parents. La fatalité de cette situation génère à la fois tristesse, colère et gâchis.

  Enfin, Pierre Bordage fait prendre à son lecteur beaucoup de hauteur pour l'emmener, à travers un récit vertigineux, à réfléchir sur la place de l'homme dans l'univers et le sens de la vie. Et cette cerise sur le gâteau, seuls des romans d'anticipation peuvent l'apporter. Ainsi, louons ce genre aussi noble que n'importe quel autre, n'en déplaise à certains critiques repliés sur leurs préjugés poussiéreux !

  Pour terminer, je souhaiterais mettre l'accent sur la fluidité de la narration. Bordage, surnommé « le Balzac de la science-fiction », peut également se targuer d'être un digne héritier du grand Alexandre Dumas. Ses chapitres, construits comme des feuilletons, sont équilibrés, efficaces et rythmés avec un brio remarquable. Une belle leçon d'écriture pour ceux qui chercheraient un modèle !

[Critique publiée le 03/09/17] 

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