19/04/2019

LE TERMINATEUR (Laurence Suhner - 2017)

L'Atalante - 184 pages 
15/20   De Genève aux confins de l'univers 

    Laurence Suhner nous présente dans ce recueil douze nouvelles qu'elle a écrites entre 1980 et 2017. Chacune d'entre elles est introduite par un petit texte précisant son contexte d'écriture. Cela permet, en filigrane, de mieux connaître la romancière suisse qui est entrée avec brio dans le monde de la littérature de science-fiction en 2012 grâce à la trilogie Quantika.
On y apprend par exemple sa passion pour la science dès son plus jeune âge grâce, notamment, à Hergé et son célèbre professeur Tournesol.

  Le titre de l'ouvrage reprend celui de l'une des nouvelles qui a aussi été publiée cette année dans la prestigieuse revue scientifique Nature.
Suite à la fabuleuse découverte d'un système extrasolaire de sept planètes de type terrestre autour de l'étoile Trappist-I, Laurence Suhner a laissé travailler son imagination dans deux textes. Elle y décrit un monde peuplé de créatures marines intelligentes et visité par l'homme dans un lointain futur. Les planètes étant en rotation synchrone avec leur étoile, elles lui présentent toujours la même face. Le « terminateur » est cette ligne imaginaire qui relie les deux parties d'ombre et de lumière. Tout cela est évidemment vertigineux pour le lecteur et permet d'être au courant des dernières avancées scientifiques...

  Homéostasie est un récit pessimiste écrit en 2008. Notre planète est envahie par une neige noire qui annonce son agonie. Gaïa est vue comme un être vivant à part entière avec qui il faut impérativement communiquer pour éviter le pire.
Mais n'est-ce pas trop tard ? L'homme n'est-il pas allé trop loin ? Cette histoire résonne évidemment avec la terrible crise écologique que nous vivons aujourd'hui et qui est, selon moi, le défi majeur de notre siècle.

  Dans Le corbeau, il est question d'un écrivain de la fin du XIXe siècle qui devient la victime d'un personnage de papier sorti de sa propre imagination. Laurence Suhner rend ici hommage, à travers l'ambiance du texte, à des auteurs majeurs comme Agatha Christie ou Edgar Allan Pœ.

  Timhka se situe dans l'univers de Quantika et correspond à un travail de préparation et de recherche au sujet de la trilogie. Là encore, le lecteur est transporté sur une exoplanète et découvre le quotidien d'un ethnologue qui tente de comprendre les êtres intelligents qui y vivent. Comme bien souvent, la science-fiction permet d'aborder des sujets d'actualité et, ici, l'incompréhension couplée à l'arrogance des humains face aux entités extraterrestres n'est pas sans rappeler la destruction des peuples primitifs d'Amazonie, le rejet des migrants en Europe, ...

  J'ai particulièrement aimé La valise noire et L'autre monde qui m'ont fait penser à la mythique série télévisée américaine de Rod Sterling : La Quatrième Dimension (The Twilight Zone en version originale).La première nouvelle nous confronte à différentes réalités qui cohabitent entre elles. La seconde nous met dans la tête d'Astor Pilgrim visitant une obscure boutique d'antiquités à Genève. La fin est brillante avec un changement de focale qui nous montre l'envers du décor...

  Pour conclure, il y a comme dans tout recueil de nouvelles des textes que l'on aime beaucoup et d'autres qui nous laissent sur notre faim. Je lis très peu de récits courts car ce format ne me convient pas ; j'ai besoin de plonger dans de longs romans qui m'évadent durablement. Pour Laurence Suhner, j'ai néanmoins fait une exception et cela fût une expérience très intéressante !

[Critique publiée le 19/04/19] 

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