19/04/2019

TROIS JOURS ET UNE VIE (Pierre Lemaitre - 2016)

Albin Michel - 279 pages 
16/20   Le poids du secret 

    Ce récit narre la vie d'Antoine Courtin sur trois époques : 1999, 2011 et 2015.
La première période correspond à l'accident tragique dont il va être responsable. Âgé de douze ans, Antoine, dans un accès de violence involontaire, tue par accident un petit garçon de six ans nommé Rémi Desmedt. Contrarié par la mort du chien de Rémi, dont ce dernier n'était en rien responsable, Antoine le frappe alors qu'ils sont dans la forêt qui borde Beauval, leur petit village provincial.
Très vite après ce meurtre surgit la grande tempête de 1999 qui dévaste une bonne partie de la France. La région forestière où se situe l'action n'est pas épargnée par les dégâts. Antoine, qui a caché le corps de Rémi dans la forêt sans vraiment réfléchir à son acte, bénit ce cataclysme météorologique qui redistribue les cartes et rendra les fouilles plus complexes lorsque la disparition du garçonnet sera découverte.
Le meurtrier s'enferme dans le déni et le mensonge durant des jours, des mois et des années.

  Le lecteur découvre alors, en 2011, la vie d'Antoine devenu adulte. Installé loin de Beauval qui lui rappelle trop le drame, il tente de se construire une existence. Mais le passé peut surgir à tout instant et ses démons avec...

  Ce roman se lit facilement ; l'écriture de Pierre Lemaitre est fluide et va à l'essentiel. Ainsi, le lecteur est vite happé par cette histoire qui traite avant tout du poids de la culpabilité, du remord, du mensonge.
Ce qui m'a attiré dans ce récit dramatique est de découvrir comment Antoine surmonte au quotidien le terrible secret qu'il garde en lui. Jusqu'où peut-il tenir ? Inévitablement, le lecteur est amené à réfléchir sur la façon dont il aurait procédé. Le point de bascule réside dans les premiers instants après l'assassinat : doit-on libérer sa conscience ou peut-on s'enfermer dans le mensonge jusqu'à ne plus croire à la réalité ? Cette dichotomie psychologique est fascinante et chacun peut être amené à la vivre un jour malheureusement...
Le lieu de l'action est également judicieusement choisi. Ainsi, à l'enfermement psychologique d'Antoine se rajoute l'isolement géographique d'un village de province. À Beauval, tout le monde se connaît et chacun soupçonne son voisin. La terrible tempête qui s'abat expose encore davantage les habitants à la promiscuité en coupant de nombreuses voies d'accès vers l'extérieur.
Enfin, notons que l'auteur, prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut, remercie à la fin de son livre quelques auteurs que j'apprécie énormément : Yann Moix, Marc Dugain et David Vann entre autres.

[Critique publiée le 19/04/19] 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire