20/06/2021

MONSTRE | 32 DÉCEMBRE (tome 2) (Enki Bilal - 2003)

 Casterman - 62 pages

18/20   Une réflexion sur les limites de l'art

    Sacha a été contaminée par une mouche suite à son séjour au centre des « Éradicateurs ». Amir ne peut se résigner à laisser dans cet état l'amour de sa vie et prend conseil auprès d'un médecin. Les transformations qui s'opèrent en elle, dont une peau qui noircit, sont de nature hybride et rendent perplexe le corps médical...
Nike, lui, tombe à nouveau dans un piège fomenté par Holeraw, une créature fabriquée de toutes pièces par le Dr Warhole et dont le nom en est l'anagramme. Il est invité, en compagnie de son ex-compagne Pamela, à une soirée « White colour » : chacun, vêtu de blanc, évolue dans un décor recouvert de toiles blanches ; l'œuvre consiste à faire couler le sang et l'utiliser comme un pigment de peinture. Ambiance garantie !
Quant au site de l'Aigle qui révèle des informations de nature bouleversante propres à modifier toutes les connaissances acquises sur l'histoire de l'humanité et de l'univers, il s'ouvre progressivement aux grands dignitaires de la planète invités à le découvrir.

  Le Dr Warhole, dont il ne reste plus que la tête en décomposition dans un bocal, crée aussi une nouvelle œuvre d'art morbide intitulée Compression de mort éructée. Il s'agit de la production d'un nuage pestilentiel qui provoque une pluie noire acide et prend de l'ampleur au fil de ses pérégrinations au-dessus de la planète...
Il « joue » aussi avec deux doubles de Nike qu'il a créés et qu'il envoie respectivement à la rencontre d'Amir et de Leyla. Les deux disparaîtront, l'un assassiné et l'autre volatilisé un certain 32 décembre.

  Ce second tome pose beaucoup de questions contrairement au premier qui possédait une forme d'unité intrinsèque. Il révèle des informations incroyables au sujet du site de l'Aigle sans donner suffisamment d'explications, ce qui peut frustrer le lecteur ; mais ce qui peut aussi le faire se précipiter sur la suite des aventures de Nike et ses amis.

  Les pages blanches de la soirée « White colour » se démarquent graphiquement du reste du récit toujours sombre et chargé côté pigmentation. L'art contemporain entre même en résonance avec celui des peintures rupestres.
Enki Bilal livre à travers cet album une réflexion sur l'art. Jusqu'où peut-il aller ? Quelles sont les formes encore à inventer ? L'art doit-il servir un dessein ? On dit qu'il faut tout oser dans l'art et cette liberté en est presque une définition. Mais cette liberté ne peut pas se faire au détriment de celle des autres !
L'auteur pose des questions passionnantes qui sont en lien direct avec son propre parcours composé de nombreuses évolutions graphiques et réparti entre les différents média que sont la bande dessinée, la peinture ou le cinéma.

[Critique publiée le 20/06/21]

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