20/06/2021

MONSTRE | QUATRE ? (tome 4) (Enki Bilal - 2007)

 Casterman - 62 pages

19/20   L'histoire d'une rédemption

    Sacha, malade après sa contamination par une mouche de l'Obscurantis Order, lutte pour guérir. Elle peut compter sur l'amour inconditionnel que lui voue Amir.
À des milliers de kilomètres de là, l'équipage en route pour Mars sombre dans l'hédonisme le plus surprenant, en décalage total avec le sérieux de la mission. Leyla est en effet sortie prématurément de l'état léthargique programmé durant les six mois de vol et a réveillé les hommes et les femmes qui l'accompagnent pour une orgie en apesanteur après un lâcher de mouches !
Quant à Nike, son cauchemar organique touche à sa fin.
Les événements semblent tous basculer dans une nouvelle direction complètement inattendue ! Warhole, sous ses différentes formes, opère de grandes mutations qui vont à nouveau bouleverser l'équilibre du monde. Fonte des glaciers, virus tueurs, trou dans la couche d'ozone sont ses nouvelles marottes. Dans un sursaut vertueux, à travers un nouveau visage et un Absolute Evil Fight, le monstre change radicalement.

  Enki Bilal clôt sa tétralogie de façon insolite mais réfléchie. Le cycle, continuellement sombre depuis les premières pages, s'ouvre à de nouveaux espoirs. Le monstrueux Warhole, incarnation du mal absolu, accepte le dialogue et rassemble même les trois orphelins lors d'un repas mémorable en lévitation au-dessus de la Tour Eiffel.
La boucle est bouclée : Leyla, Nike et Amir, malgré les complications provoquées par leurs précédents doubles ou répliques, les guerres en ex-Yougoslavie et leurs parcours si différents, peuvent à nouveau échanger un regard, se toucher, ressentir sans doute ce lien indescriptible et inconscient qui les unira continuellement.

  Bilal emmène le lecteur avec lui dans une conclusion totalement surréaliste et baroque. Mars est désormais en voie d'être colonisée tandis que Sutpo Rawhlœ, énième version d'un être étrange et indéfinissable, livre sa vision vertigineuse de l'art où l'homme dans son unité devient matière première.
Quatre ? au titre volontairement énigmatique car possédant plusieurs interprétations, donne une magistrale leçon de création artistique. L'accident est parfois ce qui pousse le plasticien à reconsidérer son point de vue, à prendre une nouvelle direction et à parfaire sa création. Une parole de feu Warhole est à ce titre très évocatrice : « La matière essentielle des créateurs est souvent accidentelle... Une couleur dévoyée, une note inepte, un mot trouble, une fêlure chromosomique, trois orphelins dans un même lit bombardé... »
Ici, la fraternité entre les hommes au sens large du terme, élément imprévu dans la matière première, a fini par orienter une construction démoniaque vers une œuvre bienfaitrice, débarrassée de toute velléité guerrière et vicieuse. La tétralogie du monstre est finalement l'histoire d'une rédemption où l'humanité est l'ingrédient salvateur. Une formidable leçon d'optimisme et une réflexion profonde sur l'art qui est ESSENTIEL.

[Critique publiée le 20/06/21]

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